mardi 28 septembre 2010

Toute en rondeurs... mais à quel prix ?!

Chrys nous a proposé de jouer avec le mot RONDEURS. Libre à nous de l'interpréter à notre manière.
Immédiatement, des images de douceurs et de maternité me sont venues à l'esprit. J'ai également revu en mémoire les peintures de Zabh que je vous ai présentées récemment. J'étais donc partie pour sur une interprétation artistique des rondeurs féminines, qui aurait été imagée de sculptures de Fernando Botero...

Woman smoking a cigarette, Botero, 1987, Monaco
Bronze monumental couleur brun chocolat

... ou de peintures de l'ivoirien Augustin Kassi...


Seulement, au cours de mes petites recherches, je suis tombée sur un article (qui date de 2007) qui m'a fait tomber des nues. Cela n'a rien d'étonnant car nous sommes tout de même assez ignorants de ce qui se passe sur le continent  africain voisin. 

Aurore Assombri, journaliste à Afrik.com,  nous explique les pratiques des femmes congolaises, et d'autres pays africains à n'en pas douter, pour obtenir de grosses fesses rondes et devenir des bobaraba (gros popotin, en argot ivoirien), le summum de la beauté africaine. Enfin, ce qu'elles croient... Il semblerait qu'après le décapage de peau dans le but de se blanchir et d'être plus "attirante", obtenir à tout prix des fesses rondes, voire même protubérantes, est la nouvelle mode dans les grandes villes africaines.
Une danse bobaraba, qui semble être également très à la mode, a été créée par 2 DJ, dans le but de "rendre hommage au postérieur bien foutu, marque distinctive des femmes africaines".

Mon article sur les RONDEURS ne sera donc pas emprunt de douceur et de poésie, Chrys, mais il aura matière à nous faire partager une autre vision des rondeurs féminines.

Si dans nos pays dits occidentaux, la minceur est érigée en but suprême, les canons de beauté en Afrique sont tout le contraire. Traditionnellement, la femme noire doit être opulente et d'après ce que j'ai pu lire, les petites filles sont parfois (ou souvent ? difficile de prendre les mesures du phénomène) suralimentées dans le seul but de rentrer dans le moule.
Une pratique encore plus ahurissante tend à se répandre chez les jeunes femmes. Dans l'espoir de voir leurs fesses grossir et s'arrondir, et uniquement leurs fesses, certaines en arrivent à s'injecter des cubes de bouillon Maggi par voie anale, tels des suppositoires. Elles sont persuadées que tous les éléments nutritifs du bouillon iront se loger dans leur postérieur si on introduit ce dernier à cet endroit précis.

 Les fesses qui font rêver...

Certes, on rigole tellement cela nous paraît gros, à la limite du canular, mais c'est bel et bien une réalité qui semble être symptomatique d'un manque de confiance généralisé des femmes africaines. Pour schématiser, elles pensent que si elles n'ont pas les formes rebondies qui font rêver ces messieurs, ceux-ci iront forcément chercher ailleurs ce qu'ils n'ont pas, ou plus à la maison. Bonjour les clichés :  on suppose les Africains coureurs de jupons et uniquement attirés par le physique. Beaucoup de femmes sont néanmoins persuadées d'avoir sauvé leur ménage en augmentant leur volume de leurs fesses, alors qu'avant elles ne se sentaient plus du tout attirantes aux yeux de leurs maris.

Les rondeurs, d'accord, mais pas à n'importe-quel prix. Comme toutes les pratiques excessives, celle-ci peut s'avérer dangereuse pour la santé.
"De nombreuses femmes ont développé des infections, notamment à cause des épices contenues dans le cube Maggi. Les moins chanceuses ont succombé. Des cas tragiques dont les medias se sont fait l’écho.
Devant la menace sanitaire, des campagnes de sensibilisation ont été menées. Les dangers sont de plus en plus clairs, surtout dans l’esprit des filles scolarisées. Mais la tentation subsiste chez les plus minces, même instruites. Elles savent que leur silhouette frêle n’est pas un gage de beauté et que, pire, elle peut les faire passer pour des séropositives." (extrait de l'article d'Aurore Assombri)

Je ne sais pas ce que vous en pensez, mais personnellement, je tombe vraiment des nues devant de telles croyances. Il serait vite fait et dangereux de penser que les femmes africaines doivent être bien stupides pour croire à de telles sornettes. Tous les milieux sociaux sont concernés. Même les plus cultivées sont prêtes à tout pour approcher la "perfection". De même que dans nos pays européens, la recherche du corps parfait filiforme est une constante que l'on retrouve chez grand nombre de filles. Avons-nous d'ailleurs toujours recours à des moyens "avouables" pour y arriver ? Régimes plus ou moins draconiens, chirurgie esthétique...

D'autres "remèdes", a priori moins loufoques, sont utilisés par les Africaines pour arrondir leurs fesses. Elles peuvent trouver sur les marchés, dans des salons de beauté ou des boutiques de diététique des suppositoires, des ampoules et des gelules polyvitaminées, dont la destination première de fortifiant pour les organismes affaiblis est détournée en des prises dangereusement surdosées afin de décupler l'effet "énergisant".  J'ai même pu lire à plusieurs reprises, notamment ici, que certaines femmes ont utilisé des produits vétérinaires destinés à engraisser le bétail avant abattage. Existent également plusieurs sortes de pommades, dont le fameux botcho, à base d'huile de foie de morue, de miel et de plantes, à appliquer en massages sur les parties du corps que l'on souhaite voir grossir à vue d'oeil (certaines le font aussi pour les seins). (source ici)
Ces produits semblent donner satisfaction aux femmes puisqu'elles sont de plus en plus nombreuses à y avoir recours et à obtenir leur bobaraba en un ou deux mois. Malheureusement, de telles "ingestions" massives de produits, souvent de composition douteuse, entraînant de telles transformations physiques ne sont pas, là aussi, sans risque pour la santé.
Une dermatologue parisienne spécialiste des peaux noires est plus que sceptique quant à la composition du botcho. Elle pense même que si un tel produit engendre réellement une augmentation subtantielle de certaines parties du corps, c'est certainement parce qu'il ne contient pas uniquement des plantes mais  aussi une bonne dose d'hormones, susceptibles d'être  à l'origine de cancers ou de maladies cardio-vasculaires. Une autre dermatologue explique qu'«Une augmentation exagérée ou asymétrique des fesses peut déséquilibrer la stature de la femme et donc du bassin entrainant des difficultés lors de l'accouchement". Pas la  peine de continuer la liste des effets secondaires possibles, on ne les connaît certainement pas tous.

Si vous voulez en savoir un peu plus, vous pouvez écouter le reportage radio suivant sur le culte des rondeurs africaines.


Émission radio "Le culte des rondeurs"
radio IEJ (institut européen de journalisme)
3 séquences audios


1ère partie


2ème partie


3ème partie

Vous pouvez également visionner le reportage Prêtes à tout pour avoir de grosses fesses, pour le magazine 100 % Mag de M6 (mars 2009), sur le phénomène Bobaraba à Abidjan.
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