mercredi 21 mars 2012

Petites polémiques sur l'apprentissage de lecture mais... Naissance d'une grande lectrice !

Presque 7 mois que ma fille est entrée au CP et ça y est, EUREKA, je peux enfin dire qu'elle lit (ou presque) !
Oui, hier, elle était toute fière de ramener son premier petit livre à la maison, prêté par la maîtresse.

Pas besoin de l'appeler pendant 10 minutes, comme quand il s'agit de se mettre à faire ses devoirs - à part quand je tends la carotte du "si tu veux regarder les dessins animés, tu fais les devoirs avant". 
Non, pensez-vous, cette fois-ci, à peine terminé de goûter, elle s'est installée sur le canapé, le nez dans le bouquin, et elle s'est mise à le lire tranquillement.

La photo, je l'ai prise le lendemain, pour illustrer ce article que m'a inspiré ma fille après coup
Non, non, non, je ne pense pas automatiquement "article de blog" dès que
je vois ou vis un truc fou ! ;-)

Oui, tranquillement car, - encore une surprise - elle lisait dans sa tête !
Grande nouveauté là aussi !
Habituellement, elle fonctionne en mode lecture à haute voix, conditionnée par les séances de devoirs, et j'avais l'impression qu'elle ne connaissait pas la lecture silencieuse.

Et bien je me fourvoyais. Ce n'est pas une, ni deux, ni trois, mais six petites pages qu'elle venait de s'enquiller toute seule dans son coin !

Oh la la ! La claque que je me suis prise !
Enfin, le moment du CP que j'attendais !

J'ai été épatée, je ne vous le cache pas.
Elle qui jusqu'à présent n'avait jamais manifesté l'envie de lire un livre toute seule. 
Tu m'étonnes, une maman qui le fait à ta place, c'est tellement pratique !
LE DECLIC se serait-il enfin produit ? 
Je prie pour qu'une grande passion pour la lecture se soit éveillée en elle, tout comme cela s'est produit pour moi.
Car oui, les livres et moi, ça a été le grand amour dès que j'ai su lire. J'étais pas compliquée à contenter plus jeune, pour les anniversaires et pour Noël... "Qu'est-ce qui te ferait plaisir Céline ?"... "Ben... un livre ?"... "Comme c'est original ma fille !". Un livre pour moi, c'était l'envie suprême. Sans blague.

Depuis septembre, je mesure les progrès accomplis par ma Sélène.
Je commence à reconnaître une certaine efficacité de cette méthode de lecture syllabique avec laquelle j'ai eu beaucoup de mal au début. Je l'avoue, je ne me suis pas privée pour faire partager mon incompréhension et mes craintes à mon entourage.
Méthode Léo et Léa, pour ceux qui connaissent, dite phonémique et synthétique.
Mais purée qu'est-ce que c'était rébarbatif d'aligner bêtement (pardon aux enseignants) les syllabes les unes à la suite des autres, et les petites phrases idiotes qui n'ont aucun sens car uniquement composée des sons qui ont déjà été appris ! Forcément, ça limite les possibilités au début.
Je comprends maintenant que c'est une manière d'inculquer dès le départ aux petits élèves le réflexe, l'habitude de jongler avec les lettres et les sons et tout simplement de maîtriser les bases de la lecture. Tout simplement.
Mais franchement... je ne suis pas contre un peu de méthode globale là-dedans pour rendre l'apprentissage plus naturel.
Perso, je milite pour le retour en grâce de Daniel et Valérie (méthode mixte à départ global), les copains qui m'ont guidée tout au long de mon CP. Je vous les avais présentés ici.
C'est tout un débat...

Pour approfondir le sujet de la méthode Léo et Léa, je vous invite à lire ce texte (de 2006) très très intéressant d'Evelyne Charmeux (professeur honoraire à l'IUFM de Toulouse et "accessoirement" adaptatrice de la méthode globale en France dans les années 80s), qui démonte la crédibilité de cette technique d'apprentissage et avec qui j'adhère sur pas mal de points (entre autres, les lettres en couleur).
Il est vrai que ma fille est une bonne élève, très studieuse à la base, mais effectivement, qu'en est-il des enfants qui n'ont pas la chance d'être soutenus à la maison ?

Extrait du texte d'Evelyne Charmeux, pour vous donner un aperçu de l'esprit : "Il suffit de parcourir ces 7 pages pour comprendre que la démarche utilisée va du simple vers le complexe (léger, mais les dernières leçons sont un peu plus complexes que la première !). Or, il n’est point nécessaire d’être un grand logicien pour savoir qu’une démarche d’enseignement doit aller du facile pour l’élève vers ce qui lui est difficile. Or le facile n’a rien à voir avec le simple. Même si les mots sont assez proches de sens dans le langage courant, les notions qu’ils recouvrent sont complètement opposées. Le simple n’existe pas dans l’expérience (tout ce qui nous entoure est complexe) ; c’est une abstraction. C’est donc difficile pour un enfant. Une démarche efficace doit donc aller du complexe familier à l’enfant, pour le conduire vers le simple, qui est à construire par analyse de ce complexe familier ; puis l’aider à conquérir le complexe non familier, qui fait partie du programme. 
La démarche utilisée ici va donc à l’encontre du mouvement naturel d’apprentissage, et ne peut que mettre en difficulté la majorité des enfants, notamment ceux dont le milieu familial ne leur a pas apporté une richesse d’expériences suffisantes. 
Ajoutons enfin une grossière erreur, affirmée péremptoirement dans la préface : 
« N’abordez une nouvelle leçon que lorsque la précédente est bien assimilée ». Il y a fort longtemps que les Chercheurs en psychologie des apprentissages – et même, l’expérience personnelle empirique – nous ont appris que les savoirs ne s’empilent pas les uns après les autres, mais qu’ils s’organisent les uns par rapport aux autres. Et ce sont souvent les leçons ultérieures qui permettent de comprendre et d’assimiler les leçons précédentes. 
Donc, pas mal de mauvais points ici."

Et pour revenir un peu sur le sujet des devoirs du soir qui m'avait pas mal agitée en septembre, je trouve que la maîtresse en donne toujours trop et il n'est pas rare que je ne fasse pas tout faire à ma fille. 15 minutes, je trouve que c'est déjà bien suffisant. Et les grands progrès qu'elle a fait dernièrement, notamment au niveau de l'écriture (c'est assez flagrant), me confirment dans l'idée qu'il n'est point besoin de l'assommer le soir avec du rabâchage pas forcément productif.
Le plus étonnant c'est que dans la même école, l'autre classe de CP fait l'apprentissage de la lecture selon une autre méthode (plus globale justement) et les petits élèves chanceux n'ont presque pas de travail le soir. Chaque enseignant a sa méthode d'apprentissage qui lui est propre. Pendant les heures de classe, oui, je suis d'accord, mais j'ai du mal à saisir pourquoi certains enfants devraient travailler le soir et pas d'autres.
Encore un sujet à polémique... ;-)

.....................................

Edit du 26/03/12 : aujourd'hui débute la "Quinzaine sans devoirs", à l'initiative de la FCPE.

"Il faut que les enfants montrent à la maison ce qu’ils ont fait en classe, pas qu’ils montrent en classe ce qu’ils ont fait à la maison. "

Rendez-vous sur Hellocoton !