vendredi 22 juin 2012

Shenzhen, Pyongyang... on visite en BD ?

Ok, mais... où c'est ???
Et puis comment ça se prononce, comme ça s'écrit ???
Oui, Shenzhen, Pyongyang, des noms qui vous disent vaguement quelque-chose, vous évoquent des coins en Asie, que l'on a du mal à orthographier, mais à part ça ?
Suivez donc Guy Delisle, le plus français des dessinateurs québécois et vous aurez une idée de ce que à quoi peut ressembler la vie quotidienne là-bas.


D'abord à Shenzhen, métropole du sud de la Chine, à côté de Hong-Kong, où Guy Delisle est allé superviser un studio d'animation (fabrique de dessins animés français délocalisée) à la fin des années 90.
Quelques années plus tard, rebelote à Pyongyang, capitale de Corée du Nord, où la sous-traitance du dessin animé est encore moins chère.

J'ai déjà lu ses Chroniques de Jérusalem (sa dernière BD en date) il y a quelques temps, et j'ai retrouvé avec plaisir, dans ses deux premières, son style comico-pragmatique.
Guy Delisle est un candide des temps modernes, qui débarque quasiment vierge de toute information dans le pays où il va séjourner, et qui explore ce nouveau petit monde au jour le jour, s'étonnant des us et coutumes locaux.

J'ai franchement rigolé à Shenzhen avec le comique de situation récurrent, et les Chinois qui baragouinent un anglais incompréhensible...

Ma double page préférée (clic pour agrandir) :
à gauche, LE comique de situation
à droite, "Où est Charly/Guy ?"

A Pyongyang, j'ai un peu moins rigolé, mais de toute manière, en Corée du Nord, officiellement, on ne rigole pas. La Chine, à côté, c'est le paradis écrit l'auteur.
Le trait du dessin s'affirme et semble "plus propre".
J'ai pris une bonne leçon de culture et de géopolitique.
La Corée du Nord est le pays le plus fermé au monde, le plus militarisé. Une république populaire démocratique dans la constitution mais dans les faits, un régime communiste dictatorial, avec un culte de la personnalité développé autour du père de la nation, Kim Il Sung puis de ses descendants.
A l'heure où Guy Delisle se rend en Corée du Nord, le fils de Kim Il Sung est à la tête du pays : Kim Jong Il. Celui-ci est mort depuis, en 2011, et le pays a d'ailleurs été médiatisé à ce moment-là. C'est son fils qui lui a succédé, encore une fois.

Les américains, suppots de Satan, ne sont pas les bienvenus. Les autres étrangers ne peuvent se déplacer qu'accompagnés de leur guide et/ou interprète, et en taxi. A pied, c'est pas bien vu.
Economie d'électricité (?), la ville est plongée dans le noir, mis à part quelques portraits géant du dirigeant qui sont illuminés.
Pas d'internet, pas de radio libre il va s'en dire, et des "volontaires" qui entretiennent l'espace publique les jours où ils ne travaillent pas.
Je ne vais pas tous vous les faire, au fur et à mesure que l'on tourne les pages, et que l'on suit les découvertes de l'auteur et ses tentatives de discussion avec les Coréens, on reste interloqué, à travers le regard de l'auteur, devant la vie de ces gens qui semblent avoir intégré sans broncher la condition de vie qui est la leur.

Cependant, il faut se garder de considérer ce livre comme un documentaire, une généralité sur les conditions de vie en Corée du Nord. Attention, c'est un témoignage autobiographique, très subjectif et qui n'explique pas tout et qui semble-t-il présenterait quelques informations erronées (voir cet article en deux parties : ici et ). Or le succès de cette BD "a conduit plus d'un lecteur, cherchant des informations fiables sur la Corée du Nord, à lire Pyongyang en ce sens".
Le but principal de Guy Delisle est de nous divertir, et cette BD doit être prise uniquement comme tel.

Et à ce jeu-là, il est fort, très fort.
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