mardi 29 mars 2016

"Le préféré", de Valérie Nivet-Doumer, un roman psychologique ? Qu'on m'explique...

Autant vous le dire tout de suite, ce premier roman de Valérie Nivet-Doumer est une grosse déception.
Je l'ai acheté en même temps qu"Envoyée spéciale de Jean Echenoz et je pensais bien avoir eu le nez fin sur ce coup-là.
Loupé.


Tout n'est qu'accumulation de clichés et incrédibilités à gogo. Plus on avance dans la lecture, moins ça s'arrange.
Conte de fées, roman à l'eau de rose, par bien des points mais roman psychologique, non.
Ce livre était à deux doigts de m'énerver mais je n'ai pas pu m'empêcher de le terminer pour connaître le fin mot de l'histoire (qui est totalement sans surprise). Je ne peux donc pas dire que je me suis ennuyée. Rendons cette justice à l'auteure. Un bon point, en plus de celui que j'évoque à la toute fin de cet article, mais ce sont les deux seuls.

C'est tellement dommage... Le sujet était pourtant très prometteur : le mal être d'un fils face à la préférence flagrante de sa mère pour son jeune frère, un enfant adopté.



Voici le résumé que l'on peut trouver sur le site Culture-Tops, site sur lequel Valérie Nivet-Doumer est critique littéraire :
"Tom a quatre ans quand il découvre sous le sapin de Noël un petit frère, Ben, tout juste arrivé du Brésil. Avec lui, il découvre aussi la fraternité et assiste impuissant à la désertion de l'amour maternel à son endroit. 
Sans comprendre, il fait le constat déchirant que ce petit frère, à la peau brune, est le préféré de sa mère et que lui, Tom, ne recueille que les miettes de l'affection de ses parents.
L'enfant venu d'ailleurs lui a pris jusqu'à sa date de naissance. Alors, Tom sans jamais se départir de l'amour qu'il porte à Ben, tente de reconquérir sinon l'affection du moins l'estime de ses parents en faisant un parcours sans faute. Jusqu'au jour où Elisabeth, leur mère, somme Tom de renoncer à la jeune fille qu'il aime au profit de son frère.
Tom,le coeur doublement brisé, s'efface et part au Brésil avec un indice qui lui servira de fil d'Ariane dans sa quête de la mère biologique de Ben."

Je ne vais pas m'étaler longuement sur ce livre mais je vous préviens de suite que je vais spoiler, comme on dit. Je n'aime pas le faire mais là, impossible de vous expliquer ma déception sans vous donner des exemples précis. Donc si vous avez l'intention de lire ce livre, zappez ma page tout de suite.

Toutes les rencontres amoureuses entre les personnages sont des clichés.
Il en va ainsi de la rencontre de Tom et Ben avec Grace, une camarade de Tom à Sciences Po, présentée comme une apparition divine. Les deux en tombent amoureux, bien évidemment.
De même, la rencontre, au Brésil, entre Tom et Maria, la mère biologique de son frère, qu'il a retrouvée somme toute assez facilement, relève aussi de la grâce divine. Il est beau, elle est belle, et comme par hasard, il se passe un truc qui ressemble à un coup de foudre entre les deux, mais Tom se raisonnera parce qu'il n'oublie pas qui elle est, par rapport à lui. Elle ne sait pas qui il est, au début, ni pourquoi il est là. Par chance pour lui, et par le biais d'amis bienveillants, il se retrouve à travailler pour elle, être logé chez elle... ça facilite pour faire connaissance.
Tout est tellement facile dans ce roman...
La rencontre entre Ricardo, l'ami brésilien, lors du retour en France (troisième partie), avec une jeune française, lors d'un concert relève encore du coup de foudre. Comme par hasard...
Y'a pas à tortiller. Il n'y a que dans les livres (ou les films) que ça arrive. :-)

Quand Tom revient en France, accompagné de Ricardo et Maria, dix-huit mois après être parti sans laisser d'adresse, sans donner signe de vie à personne, que ne découvre-t-il pas ! Tenez-vous bien, c'est la double cerise sur le gâteau ! Voire triple.
Baptiste, son ami de toujours, grand fêtard devant l'éternel, s'est découvert une vocation spirituelle... Il est entré au séminaire pour devenir curé.
Ben, son frère, est devenu un comédien très prometteur en l'espace de ces dix-huit mois (une vraie vedette !) et... Il vit une grande histoire d'amour avec un homme de vingt ans son aîné. Oui, oui, ce même Ben qui avait entamé une grève de la faim car il ne supportait pas que la belle Grace lui préfère quelqu'un d'autre (son frère, en l'occurrence).
Et der de der, Grace, son grand amour qu'il a laissé tomber, comme tous les autres, quand il est parti au Brésil pister les origines de son frère adoptif, est devenu une artiste (peintre ? Sculptrice ? Je ne sais plus et je ne suis pas sure que l'info est donnée) en vogue pendant son absence.
À la fin du livre, lors du dernier chapitre, il part à la Biennale de Venise pour la revoir. Scène finale : ils se retrouvent en tombant nez à nez, au milieu de la foule, et s'embrassent. Conte de fées... Jamais vu un tel cliché. À part peut-être dans les Nous deux que je lisais chez ma grand-mère étant petite.

La confrontation surprise entre Ben et sa mère biologique, organisée par Tom, lors du repas de Noël chez ses parents est énorme. Une mauvaise pièce de théâtre où tout est surjoué, ou bien un film dans lequel les acteurs ne sont pas naturels et jouent faux.
Entre autres péripéties, le père de Tom, qui jusqu'à présent était une chiffe molle face à sa femme, se réveille enfin pour faire son mea culpa.
Et la mère de Tom, après une crise d'hystérie, finit par lâcher le morceau que tout le monde attend... Alors qu'elle fréquentait déjà son futur mari, elle a été violée et Tom est né 9 mois plus tard. Elle a vécu tout ce temps-là avec la honte, et le doute quant à la paternité de cet enfant...
Ah... C'était donc cela cet énorme secret de famille... L'origine du rejet de Tom...
Non, décidément, trop, c'est trop.

Encore, l'auteure nous épargne la maladie. Remarquez, j'aurais bien vu la mère atteinte d'un mal incurable. Cela l'aurait peut-être aidée à faire acte de rédemption face à Tom et ça lui aurait ménagé une sortie dans l'histoire. Ben non. Tout le monde est en parfaite santé dans l'histoire, les jeunes ont tous trouvé chaussure à leur pied à la fin (conte de fées) et la mère n'a toujours pas fait un pas vers son fils aîné.

Quand je vous disais que cette histoire accumulait les clichés, les too-much... On a la totale.
Tout y est "trop gros" pour être crédible.
Les personnages ne m'ont pas touchée une seule seconde.
L'éditeur nous vend un "roman psychologique" alors que c'est un roman de gare.

Pour finir sur une note positive, je reconnais tout de même que ça commençait comme un roman psychologique et que ça semblait pas mal ficelé.
Dans la première partie, Tom évoque plusieurs des cauchemars qu'il fait encore à l'âge adulte, qui ont tous à voir avec des épisodes traumatiques de l'enfance, et qui sont une habile façon de planter le contexte familial. La "psychologie" s'arrête là.


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